Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/44

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l’eau pure. Bois et mange, cette nuit, n’est-ce pas ? Tu reprendras ainsi quelques forces. Promets, promets-moi d’obéir.

L’Algonquine regardait stupéfaite cet étrange et compatissant sauvage… Mais, mais, pensa-t-elle aussitôt en sa tête si fort endolorie, ce n’est pas là un Iroquois, ni l’un des miens, qui est-ce ?… Sa souffrance l’empêcha de réfléchir davantage. Elle ferma les yeux, tout en inclinant affirmativement la tête, pour indiquer qu’elle avait bien compris.

— Courage, petite, tu guériras, dit encore Charlot d’une voix si douce, si compatissante, quoique basse, que l’Algonquine ouvrit encore une fois tout grands ses yeux noirs aux paupières gonflées, aux regards à moitié éteints par la douleur. Elle vit alors que le jeune homme s’enfuyait, pénétrait par une large fente dans la tente voisine. Puis, elle n’eut plus conscience de rien. Ses souffrances ayant redoublé, elles étaient devenues d’une intensité telle que le cœur lui avait manqué complètement. Une syncope bienfaisante l’avait saisie, l’enlevant un moment à toutes les horreurs, comme à toutes les divines compassions d’ici-bas.

(À suivre)
Marie-Claire Daveluy