Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/70

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belles branches de sapin. Vous en entourerez ce lit… J’y dissimulerai une croix… Car c’est un petit chrétien qui reposera là.

Maintenant, je vous quitte… Courage, ma sœur…

— Vous m’en voulez beaucoup encore ? Vous me détestez ?

— Pauvre Lis-en-Fleur, non ! Bonsoir, bonsoir.

— Restez encore un peu. Ne vous éloignez pas sans m’avoir remise dans la paix… Mon frère, je souffre… ah ! je voudrais vous comprendre mieux. Je suis malheureuse, malheureuse, malheureuse ! répéta par trois fois d’une voix sombre Lis-en-Fleur.

Soudain, elle se redressa et poussa un grand cri d’effroi… Ses yeux se fixèrent sur la porte de la tente. Charlot, qui suivit aussitôt son regard, y aperçut, les bras croisés, le regard méchant, les lèvres frémissantes de satisfaction haineuse, le maître de Lis-en-Fleur.

— Que se passe-t-il ici ? demanda celui-ci, d’une voix forte.

— Mon frère l’apprendra assez tôt, murmura Charlot, qui savait quel attachement tous les sauvages, en général, portent à leurs petits.

— Vous ne voulez pas répondre ? Tant pis pour vous. Vous parlerez bien tout à l’heure… Et ce disant, il empoigna Charlot par l’épaule, le traîna au milieu de la cabane et l’attacha solidement à l’un des pieux qui supportait la tente.

Il fit signe à l’Algonquine de regagner son coin. Comme elle pouvait enfin desserrer les