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À LA BAIE D’HUDSON

gue, une impétuosité qui décuplent l’ardeur de ses hommes et paralysent l’ennemi de frayeur.

Le fort s’élève sur une langue de terre, entre les rivières Nelson et Sainte-Thérèse, à quatre lieues de leur embouchure commune. D’Iberville fait remonter ses vaisseaux en amont, essuyant des volées au passage. Le vent, le froid, la glace causent bien des ennuis. On entend d’une lieue le bruit des glaces heurtant les coques. « Les glaces percèrent le bois et en emportèrent jusqu’à trois ou quatre doigts », écrit l’aumônier Marest. Pour empêcher les Anglais d’apprendre son état, le commandant débarque un détachement, qui se livrera à des escarmouches « pour amuser la garnison ». Jeu dangereux. Impatient de connaître la gloire, comme ses frères, Chateauguay reçoit un coup de mousquet dont il meurt sur le champ.

Le coup est rude pour Pierre, qui avait charge de ce frère à peine âgé de dix-huit ans, qui l’aimait comme on sait s’aimer dans cette famille. Mais il a aussi charge de tout un parti de guerre. « Prévoyant que le moindre signe d’inquiétude jetterait tout le monde dans la consternation, il se soutint toujours avec une fermeté merveilleuse, mettant tout le monde en action, agissant lui-même et donnant ses ordres avec autant de présence d’esprit que jamais. Dieu le consola dès le même jour, une même marée mit les deux vaisseaux hors de danger ».