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LAURIER ET SON TEMPS

On se rend difficilement compte en France de notre situation politique, on y confond souvent les pouvoirs et les attributions des divers gouvernements qui administrent les affaires fédérales et provinciales. Par exemple, on oublie que Laurier n’est pas le premier ministre de la province de Québec, mais de tout le Canada, qu’il est le chef d’un ministère qui, sur treize membres, ne compte que trois Canadiens-français, qu’il est le leader d’une Chambre composée de 211 membres, dont cinquante seulement sont Canadiens-français.

Plusieurs fois, j’ai eu l’occasion d’appeler l’attention de visiteurs français distingués sur ce fait important, et chaque fois ils m’ont dit avec chaleur :

« Mais alors, il est étonnant que le premier ministre soit un Canadien-français, et qu’il réussisse à garder le pouvoir. Certes, il a grand mérite. »

Laurier n’eut pas plus peur d’aller à Paris faire face à la critique, qu’il n’eut peur d’aller à Toronto plaider la cause des Métis ou celle des jésuites.

Il fit bien d’y aller, car, là, comme à Londres, comme partout, il reçut l’accueil le plus flatteur.

À peine arrivé en France, il recevait du Président de la République, les insignes de Grand Officier de la Légion d’honneur, et il était invité à prendre la parole dans un banquet offert par la Chambre de commerce anglaise, aux premiers ministres des colonies.

Il fit, sur la situation que les Canadiens-français occupent dans la Confédération canadienne, un superbe discours qu’il termina par ces belles paroles :

« Qu’il me soit permis maintenant de faire une allusion qui m’est toute personnelle ! Je me suis laissé dire qu’ici, en France, il est des gens qui s’étonnent de cet attachement que j’éprouve et que je ne cache pas pour la couronne d’Angleterre ; on appelle cela ici du loyalisme. Pour ma part, soit dit en passant, je n’aime pas cette nouvelle expression de