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LAURIER ET SON TEMPS


Laurier en Angleterre et en France


L’année 1897 était le soixantième anniversaire de l’élévation au trône de Sa Majesté la reine Victoria.

Un grand jubilé fut organisé en Angleterre pour célébrer cet événement remarquable, et les premiers ministres de toutes les colonies anglaises furent invités à y prendre part. Laurier répondit à cet appel, et dans cette phalange d’hommes d’État venus de toutes les parties du monde, il fut bientôt le personnage le plus en vue, le plus remarqué. Ses manières distinguées, son grand air et son éloquence raffinée attirèrent sur lui tous les regards.

Le spectacle de ce représentant d’une colonie anglaise fondée par des Français, de ce descendant illustre d’une race vaincue, mais restée fidèle à ses traditions, n’était pas banal. On le recherchait, on voulait le voir et l’entendre, et tous les journaux publiaient à l’envie l’éloge de son talent et de son patriotisme. Ses discours, où l’élégance et la clarté de l’esprit français se mariaient si agréablement aux qualités solides de l’éloquence anglaise, électrisaient les auditoires les plus froids.

C’était le temps où l’aigle de l’impérialisme commençait à agiter ses ailes sous le souffle puissant de Chamberlain. On a reproché à M. Laurier d’avoir trop sacrifié aux faux dieux, d’avoir exprimé des opinions et des sentiments qui ont pu faire croire un instant qu’il serait l’apôtre le plus éloquent, le plus utile de l’impérialisme.

Mais à part quelques phrases sonores, quelques images brillantes qui ont donné lieu à des interprétations erronées,