Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/106

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et l’une des petites filles, agenouillée dans la fenêtre, avait prié Dieu tout le temps.

Obligé, comme les autres, de fuir après la défaite de Saint-Charles, il se dirigea du côté des États-Unis, et mit dix-huit jours à atteindre la frontière. Il eut beaucoup à souffrir pendant sa fuite du froid et de la faim.

Quand il vit, en 1838, qu’on méditait une nouvelle insurrection, il entreprit de retourner au Canada pour se mettre de nouveau au service de la cause. La frontière était garnie de sentinelles ; il eut recours à toutes sortes de stratagèmes pour tromper la vigilance, simulant la folie, faisant le sourd-muet. À un certain endroit, il put passer à travers une compagnie de soldats, grâce à son beau-frère, M. Germain Lespérance, qui le cacha sous une charge de foin et de légumes.

Rendu à Saint-Denis, il s’installa dans le grenier de sa maison, et réussit, pendant trois mois, à se dérober à la vengeance des bureaucrates. Ceux-ci vinrent plus d’une fois dans sa maison pour obtenir des renseignements, et ils les entendit souvent dire à sa femme qu’ils ne le ménageraient pas s’ils mettaient la main sur lui. La nuit, il sortait pour prendre part à des réunions de patriotes.

L’insurrection de 1838 fut si courte qu’il n’eut pas le temps, heureusement pour lui, d’y prendre part ; toutefois, il fut obligé de se réfugier de nouveau aux États-Unis. L’amnistie ayant été accordée aux patriotes de ’37, il revint au Canada, heureux de revoir son pays bien-aimé, mais pauvre, inquiet sur l’avenir de sa famille. Il ne regretta pas ce qu’il avait fait pour la cause de la liberté ; il était de ces hommes à qui les nobles satisfactions du patriotisme et du devoir accompli suffisent ; mais il lui fallait bien reconnaître que son dévouement avait brisé son avenir. Il ne put jamais refaire sa situation, renouer complètement le fil de sa