Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/124

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et ne pouvaient se faire illusion sur la gravité de la circonstance. Quel parti prendre ?

« — Il faut payer d’audace, se dirent-ils, et, s’il est nécessaire, vendre chèrement notre vie. Descendons !

« Et nos deux braves, un pistolet à chaque main, vont droit au devant de cette bande d’enragés qui, armés de tout ce qu’ils ont pu saisir, profèrent les plus terribles menaces en hurlant comme des furies. Le silence se fit à leur approche.

« — Dites donc, les amis ! leur cria M. Pacaud, qu’avez-vous à nous reprocher ? Quel est celui d’entre vous qui se soit mieux battu que nous deux à Saint-Charles ou à Saint-Denis ? Voulez-vous faire l’office d’espions anglais ? Voulez-vous devenir les valets des volontaires ? Vous êtes la honte des patriotes !

« — Et puis, ce n’est ni ci ni ça, reprit son frère Charles ; ouvrez les rangs, sacrebleu ! ou, je vous le jure sur mon âme, nous avons chacun deux pistolets, il nous reste encore des balles, et il y en a quatre d’entre vous qui n’ont plus qu’à faire leur acte de contrition !

« Domptés par un pareil sang-froid, les émeutiers s’écartent ; et nos amis, grâce à leur intrépidité, s’échappent sans une égratignure.

« Le lendemain ils suivaient, avec leurs compagnons qu’ils avaient rejoints, la route qui longe la rivière Yamaska, chevauchant lentement pour laisser reposer leur montures, lorsqu’ils aperçoivent, à quelques pas devant eux, un individu armé qui marchait dans la même direction.

« — Qui va là ? lui cria-t-on.

« — Raquette ! fut la réponse.

« Il y avait, parmi les insurgés, des compagnies de Raquettes et de Castors. Celui-ci appartenait aux Raquettes. Il avait pris part à la bataille, et se sauvait, comme les autres, du côté des États-Unis. Par un caprice bizarre, le brave homme, tout épuisé qu’il parais-