Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/163

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le ! » Je n’en suis pas certain. Je n’en ai aucun doute là-dessus, Lussier est arrivé avec un fusil, et a couché l’officier en joue ; mais son fusil a fait fausse amorce, à trois différentes reprises. Lussier est entré avec son fusil ; et pendant ce temps-là, un autre individu, que je ne connais pas, est venu avec un pistolet. Je suis alors parti, craignant qu’on me forçât à tirer, comme on l’avait déjà fait. J’avais refusé de le faire, en disant que j’avais toujours promis de ne jamais tremper mes mains dans le sang de mon frère ; et sur mon refus, quelqu’un avait dit : « S’il ne veut pas le faire, faisons lui-en autant. » Je crois que c’est Lussier qui a apporté Ie pistolet. J’étais à demi morfossé, et tout hors de moi-même. Je n’ai pas entendu le coup de pistolet. Quand je suis revenu à l’officier, Pratte frappait à grands coups ; le sang ruisselait. J’ai reproché à Pratte sa barbarie. Quelqu’un m’a aidé à éloigner le corps de l’endroit où il était. Je l’ai pris à brassée, et Maillet m’a aidé, en le prenant par les jambes. Je n’ai pas vu le capitaine Jalbert frapper l’officier. Je l’ai vu un instant, sur les lieux, quand on criait : — « Rachevez-le ! Rachevez-le ! » Il n’avait pas alors son épée tirée. Je ne l’ai plus revu après. Je lui tournais le dos, quand il est arrivé, et je ne puis pas dire ce qui s’est passé. Lorsque je suis revenu, le capitaine Jalbert n’y était plus. Il n’est arrivé qu’après qu’on eût crié : « Rachevez-le ! Rachevez-le ! » Je ne puis pas dire ce qu’il fit après mon départ. »

Dans le cours du procès, des altercations fréquentes eurent lieu entre les avocats de la défense, M. Mondelet surtout, et les représentants de la Couronne. Les juges Pyke et Gale ne paraissaient pas eux-mêmes à l’abri des passions que ce procès soulevait. Les plaidoiries des défendeurs du prisonnier furent habiles et éloquentes. Elles peuvent se résumer dans les deux propositions qui suivent.