Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/166

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trouve Saint-Denis, que l’autorité du gouvernement était méconnue et rejetée. Les officiers publics avaient été remplacés par ceux que s’était choisis le peuple, et aucun des officiers du gouvernement n’était assez imprudent pour tenter d’agir ; il ne l’eût pu. L’autorité du peuple était la seule que l’on reconnût, et à laquelle l’on obéit ; et il y avait assurément, dans cette partie de la province, un gouvernement de facto, c’est-à-dire une autorité de fait, et celle qu’exerçait le peuple par ses chefs. Que cette autorité fût ou ne fût pas légitime, qu’elle fût usurpatrice, ou ne le fût pas, elle n’en existait pas moins, le gouvernement ne s’étant fait connaître ensuite que par l’envoi du député-shérif, et des troupes, qu’on regardait comme venant porter le fer et le feu dans les campagnes, pressentiments que la suite a bien justifiés. Ceux, par conséquent, qui prirent part aux troubles de 1837, étaient conduits par la force et l’influence irrésistible d’une autorité qui était le peuple même. Il est certain, messieurs, que les lois, en Europe, reconnaissent une telle chose qu’un gouvernement de facto ; aussi a-t-on vu des actes du gouvernement impérial (sous Henri vii) excuser et exonérer de haute-trahison ceux qui avaient obéi à un gouvernement de facto, usurpé, qui avait précédemment établi son autorité ; autorité qui était irrésistible. Le gouvernement qui, dans ce pays, a été la cause première de ces malheurs de 1837, devrait être le dernier à vouloir atteindre du glaive sanglant ceux entre les mains desquels il l’a mis lui-même.

« Le prisonnier, dont il est temps de vous parler, se trouva, par sa situation distinguée dans sa localité, placé de manière à ne pouvoir se soustraire, l’eût-il même voulu, à l’effet de cette force supérieure qui, dès lors, menait dans une seule direction les masses et les esprits. Le courage élevé qui lui fit tirer le glaive en 1813, pour voler aux frontières, et y défendre ce gou-