Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/227

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les patriotes

résisté à toutes les instances, il était resté sourd à toutes les prières.

Mme Cardinal, croyant qu’une femme serait plus sensible à, la douleur d’une mère et d’une épouse, avait écrit à lady Colborne la lettre suivante ;

« Mylady,

« Vous êtes femme et vous êtes mère ! Une femme, une mère poussée par le désespoir, oubliant les règles de l’étiquette, qui la séparent de vous, tombe à vos pieds, tremblante d’effroi et le cœur brisé, pour vous demander la vie de son époux bien-aimé et du père de ses cinq enfants ! L’arrêt de mort est déjà signé ! ! L’heure fatale approche ! Demain ! hélas ! demain ! ! !… Dieu ! ô Dieu ! Je n’ai pas la force d’envisager un sort aussi horrible. La seule pensée que j’en ai remplit mon âme de désespoir : que sera la réalité ? Oh ! je ne pourrai jamais supporter une pareille calamité ! Le coup qui tranchera le fil de ses jours, nous frappera tous deux. Je serais plus forte si une autre existence ne dépendait pas de la mienne ! Mais mon malheureux enfant ne verra jamais la lumière du jour ! Il périra avec sa mère sous l’échafaud où son père, qui méritait un meilleur sort, aura péri. Ô Dieu ! est-ce ainsi que vous punissez ? Non, non, pardonnez-moi ce blasphème. Les hommes seuls ont recours à de telles vengeances. Les hommes seuls font périr l’innocent avec le coupable… coupable… Que dis-je ? Et mon mari, de quoi s’est-il rendu coupable ? Le plus qu’on puisse dire, c’est qu’un peu d’excitation, de faiblesse peut-être, l’a perdu. Son ennemi juré, celui qui avait résolu sa mort… est le même homme qui n’a pu le convaincre d’un seul acte de violence ! Faut-il que son sang soit répandu, lui qui loin de répandre le sang de ses semblables n’a jamais causé le moindre tort dans tout le cours de sa vie ? Car c’est une atroce