Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/267

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les patriotes

menait d’un pas mesuré dans le corridor, et souvent nous parlait de sa femme qui devait le venir visiter dans l’après-midi ; il redoutait cette entrevue pour son infortunée compagne.

« Vers les trois heures de l’après-midi, Mme de Lorimier, accompagnée de la sœur et de la cousine de son mari, et conduite par un M. de Lorimier, cousin du condamné, entrèrent dans notre cellule. Mme de Lorimier portait sur sa figure une expression de douleur à fendre le cœur, mais elle ne pleurait pas ; ses deux compagnes fondaient en larmes.

« Nous avions pris des arrangements pour donner à nos deux malheureux amis, un dîner d’adieu. La table, chargée de mets préparés, sur notre ordre, par le geôlier, avait été placée dans une pièce située près de la porte et qui donnait sur le corridor. À quatre heures, on se mit à table. Hindelang présidait au banquet. De Lorimier n’occupa pas le siège qui lui était réservé ; mais il vint prendre avec nous un verre de vin. Pendant le repas, il se promenait dans le corridor ayant Mme de Lorimier au bras ; les autres membres de sa famille occupaient des sièges, tantôt dans sa cellule, tantôt dans le corridor. Les dames, de temps à autre, prodiguaient à la malheureuse épouse des paroles de consolation.

« Il régnait à notre table une certaine gaieté triste qu’Hindelang, pour sa part rendait parfois bruyante. Pendant ces instants de récréation, furent admis, par les autorités de la prison, six curieux, parmi lesquels, me dit-on, se trouvait le rédacteur du journal The Herald ; ils se tinrent en dedans, près de la porte, visiblement étonnés de l’aspect de cette scène. Après s’être fait indiquer ceux qui devaient, le lendemain monter sur l’échafaud, ils se retirèrent sans mot dire.

« Un instant après, on vint nous dire que Mme de