Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/271

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les patriotes

de régler mes affaires, et cette pensée est la seule qui trouble ma conscience et mon esprit. Que Votre Excellence remette au jour qu’il lui plaira l’exécution de ma sentence, et je mourrai content et convaincu que je pars pour un monde meilleur où la tyrannie n’est pas connue. »

« Mme de Lorimier avait, elle aussi, adressé au farouche gouverneur une requête à laquelle il ne répondit pas. Elle disait, dans cette requête écrite en termes touchants, que l’affection qu’elle portait à son mari infortuné et l’intérêt de ses trois pauvres petits enfants, dont l’aîné n’avait que quatre ans, l’engageait à s’adresser à Son Excellence pour implorer sa pitié et sa miséricorde.

« Votre Requérante, disait-elle, n’avait pour vivre et supporter ses pauvres petits enfants que le produit du travail et de la profession de leur père ; elle ne peut, sans la plus grande anxiété penser au moment fatal où elle sera laissée seule sans aucuns moyens d’existence.

« Votre Requérante n’a pas l’intention de faire l’éloge des vertus de son mari, de parler des services que sa famille a rendus au gouvernement anglais pendant longtemps ; c’est comme épouse et comme mère qu’elle s’adresse à Votre Excellence, au moment où elle est menacée de perdre celui pour lequel elle a une affection dont ses paroles ne peuvent donner l’idée. »

« De Lorimier monta sur l’échafaud d’un pas ferme et ne donna jusqu’au dernier moment aucun signe de faiblesse. Lorsque Hindelang prononça le discours qu’il termina par le cri de « Vive la liberté ! » de Lorimier sourit plusieurs fois et approuva de la tête les paroles enthousiastes de son compagnon d’infortune.

« Hindelang avait à peine fini de parler que le signal était donné, et la trappe tombait.

« De Lorimier avait cessé de vivre. La patrie avait perdu l’un de ses plus nobles, de ses plus généreux en-