Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/325

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les patriotes

Pauvre de Lorimier ! Toi qui, à la veille de mourir, ne nous demandais, en retour de tes sacrifices, que de croire à la sincérité de ton patriotisme, tu ne t’attendais pas que des Canadiens-français refuseraient d’écouter ta prière, d’accepter l’offrande de ton sang. Mais ils sont si peu nombreux ces Canadiens-français, que leur opinion ne compte pour rien.

C’était une lutte inutile, insensée, dit-on.

À qui la faute ? Qui a rendu cette lutte inutile en empêchant le soulèvement d’être général ? Ceux mêmes qui aujourd’hui reprochent aux patriotes leur insuccès et se font une gloire de les avoir affaiblis !

Il y eut un moment où la cause de l’indépendance américaine ne tenait qu’à un fil ; aurait-on eu le droit de dire, si le fil eût cassé, que Washington était un fou, un imbécile ? Daulac et sa poignée de héros se vouent à une mort certaine pour sauver la colonie naissante de Montréal ? Était-ce de la folie ?

Notre histoire est pleine de ces actes héroïques enfantés par la folie du dévouement, du sacrifice.

N’appelle-t-on pas le plus grand sacrifice dont le monde et le ciel aient été témoins « la folie de la croix ? »

Jésus-Christ a été vaincu, lui aussi, vaincu par le nombre, par les bureaucrates, les soldats de César ? Il est le modèle, le patron, le soutien de tous ceux qui meurent pour une cause qu’ils croient juste, sainte, nationale.

Plus on blâme l’imprudence et la témérité des patriotes, plus on trouve absurde qu’ils aient songé à entreprendre une lutte aussi inégale, plus on devrait au moins louer leur courage et leur énergie.

Que resterait-il dans l’histoire, si on en faisait disparaître toutes les causes vaincues, tous les héroïsmes écrasés par la force ? Q’auraient à nous montrer la Pologne et l’Irlande ?