Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/62

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les patriotes

fus obligé de passer une partie de la même nuit dans une maison nouvellement bâtie dans le fond de la grande anse des Éboulis. Cette maison était entièrement remplie de femmes et d’enfants qui s’y étaient réfugiés avec quelques couvertures soustraites aux envahisseurs. Un grand nombre de jeunes filles se réfugièrent dans la maison de ferme du séminaire à la Pointe-des-Anglais, pour se soustraire aux poursuites et à la brutalité des loyaux et des soldats. J’aurai peut-être occasion de vous raconter plus au long ce qui se passa dans la maison où j’étais, les larmes et les angoisses dont je fus témoin. Oh ! que je passai de pénibles moments ! Que de douleurs et de chagrins, mais en même temps que de fermeté, de courage et de grandeur d’âme chez nos femmes canadiennes ! Ah ! s’il m’était jamais donné d’aller quelque jour à Saint-Benoît, oui, je veux rassembler toutes ces généreuses patriotes pour leur témoigner ma reconnaissance ; elles qui m’entourèrent des soins les plus touchants et refusèrent l’or qu’on leur offrait à pleines mains pour découvrir ma retraite.

« Le même jour au soir arriva à Saint-Benoît sir John Colborne, à la tête de toute l’expédition de Montréal ; il y fut rejoint par les troupes et les loyaux venus par Saint-Andrew et Saint-Hermas. Le jour suivant, il se trouva à Saint-Benoît entre cinq à six mille hommes. Son Excellence et plusieurs des gens de sa suite couchèrent dans ma maison.

« Un fait à remarquer avant d’aller plus loin, c’est que, peu après son départ de Saint-Eustache, sir John Colborne avait reçu une députation d’habitants de Saint-Benoît pour l’informer qu’ils n’avaient aucune résistance à lui opposer, et le prier d’épargner les personnes et les propriétés. M. James Brown parut comme entremetteur, et, d’après ce qu’il a rapporté lui-même, ou ce que l’on m’a dit, il ne devait être