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JUIN 1766

garder le silence contre des accusations aussi peu fondées. Il vient de publier une brochure[1] contre M. de Bury, dont il relève quelques bévues avec ce sarcasme qui lui est propre, et qui venge l’illustre historien de la critique mal fondée du moderne compilateur.

4. — Les Anglais, qui impriment tout, ont inséré dans le Saint-James Chronicle une Lettre prétendue du roi de Prusse à J.-J. Rousseau. Nous avons déjà fait mention de cette Lettre[2], que le même journal assure être de l’invention d’un grand seigneur anglais, très-connu dans la république des lettres, à Paris.

Le célèbre misanthrope a été si sensible à ce badinage, qu’il a écrit au journaliste la lettre suivante, datée de Woolton le 7 avril 1766.

« Vous avez manqué, Monsieur, au respect que tout particulier doit aux têtes couronnées, en attribuant publiquement au roi de Prusse une lettre pleine d’extravagance et de méchanceté, dont par cela seul vous deviez savoir qu’il ne pouvait être l’auteur. Vous avez même osé transcrire sa signature, comme si vous l’aviez vue écrite de sa main. Je vous apprends, Monsieur, que cette lettre a été fabriquée à Paris, et, ce qui navre et déchire mon cœur, que l’imposteur a des complices en Angleterre.

« Vous devez au roi de Prusse, à la vérité, à moi, d’imprimer la lettre que je vous écris et que je signe, en réparation d’une faute que vous vous reprocheriez, sans doute, si vous saviez de quelles noirceurs vous vous rendez l’instrument. Je vous fais, Monsieur, mes sincères salutations. »

  1. Le Président de Thou justifié contre les accusations M. de Bury, auteur d’une Vie de Henri IV. Londres (Paris), 1766, in-8°. — R.
  2. V. 28 décembre 1765. — R.