Page:De Banville - Odes Funambulesques.djvu/286

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Bientôt, grâce à leurs soins d’artistes, autour d’eux
La foule a pris l’aspect d’un cauchemar hideux :
Ce ne sont qu’oriflans, caprimulges, squelettes,
Stryges entrechoquant leurs gueules violettes,
Mandragores, dragons, origes, loups-garous,
Tarasques ; c’est alors que le plus fort d’eux tous
Hurle, en s’échevelant comme un Ange rebelle :
« Par Ornans et le Doubs ! que la nature est belle ! »
   Extasiés alors des sourcils à l’orteil,
Effarés, éblouis, prenant pour le soleil
La chandelle à deux sous que Margot leur allume,
Ils cherchent l’ébauchoir, les brosses ou la plume,
Et, comme Bilboquet pour le maire de Meaux,
Au lieu d’êtres humains, ils font des animaux
Encore non classés par les naturalistes :
Excusez-les, Seigneur, ce sont des réalistes !
Mais, puisqu’au lieu de lire un livre de crétin,
J’aime à sentir au bois les muguets et le thym ;
Puisque la foi nouvelle a des argyraspides
Qui heurtent leur fer-blanc ; puisque les moins stupides
De ce temps sont encor ceux qui tressent des lys,
O Sminthée aux cheveux de flamme, et toi, Cypris !
Puisque je ne suis pas, moi charmé dans vos fêtes,
De l’avis de Gozlan, sur ce que les poëtes