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ODES FVNAMBVLESQUES.

Ni fait de Giraudeau ton souteneur en titre ;
Ni dans des vers gazés, qui font rougir un pitre,
Fait éclore, en prenant la flûte et le tambour,
Un édit paternel pour les filles d’amour ;
Ni, comme l’Amphion de ces pignons godiches,
Fait surgir à ta voix les colonnes-affiches.
Mais enfin, c’est par toi qu’un jour le Triolet
Ressuscita des morts et resta ce qu’il est,
Et, pour mieux mettre à vif nos modernes Linière,
Devint une épigramme aiguisée en lanière ;
On a su par toi seule, en ce Paris élu,
Ce que valent Néraut, Tassin et Gredelu ;
Sur ton Rondeau tel barde, imprimé vif chez Claye,
S’est vu traîner vivant comme sur une claie,
Et par toi ce bel âge apprit, en même temps,
Qu’un nouvel Archiloque est âgé de huit ans.
Vois, le siècle est superbe et s’offre au satirique :
Géronte dans le sac attend les coups de trique,
Et sera trop heureux, Muse aux regards sereins,
Si tu lui fais l’honneur de lui casser les reins.
Regarde autour de toi ces mille nids d’insectes
Qui fourmillent en paix dans des fanges suspectes,
Et que tu vas fouler aux pieds de ton coursier !
Messaline, ta sœur, l’amante aux bras d’acier,