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qui passent et qui peut-être ont besoin de nous… La pluie fine et énervante, à la fin, n’a pas cessé. On a cette sensation que plus jamais ces nuages ne se fondront, que plus jamais l’on ne verra l’azur. Tout semble noir et gris. Rien de réconfortant dans ce paysage funèbre.

Des groupes de marins se forment La fumée de leurs pipes m’arrive. Devant cette grande fureur, ils restent muets. La pluie fouette leurs faces brunes.

— Eh bien, pas de nouvelles du Godsgoedheid qui est parti hier ?

Celui que j’interroge hoche la tête et répond avec un soupir :

— Oh ! ceux-là…

Sa main a un geste vague qui me laisse peu d’espoir.

— Quand devaient-ils rentrer ?

— Maintenant, avec la marée montante.

— Alors, vous croyez…

Je n’ose pas achever ma phrase, je n’ose pas prononcer l’horrible chose.

— Oui, monsieur ; jamais plus ils ne reviendront vivants !

— C’est effroyable ! Et leurs femmes ? Et leurs petits, que vont-ils faire ?

— Les femmes feront ce que les autres veuves font : travailler et pleurer beaucoup. Quant aux enfants, dès qu’ils en auront l’âge, ils s’en iront comme leurs pères, comme leurs frères !

Je m’éloigne pensif. Pauvres marins que la mort ravit une nuit de tempête !

Et pourtant, en moi-même, je ne veux pas désespérer de les revoir ! Peut-être le gros temps les retient-il au large ? Peut-être rentreront-ils demain ? Je revois ce départ ma-