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MOWIS

Légende indienne de l’Amérique du Nord.


À Mariette.


Assis sur la rive du lac, Wobasso rêvait. Il voyait son visage reflété dans l’onde. Le crépuscule tombait. Le sommet des hauts monts resplendissait encore des derniers feux du jour. Mais la vallée entière, noyée dans la pénombre, était violette. De larges taches d’or faisaient dans le ciel d’immenses arabesques. Parfois une feuille, que le vent agitait, rompait seule le silence grandiose. La nature s’endormait et avec elle, tous les êtres.

Wobasso, la tête penchée vers l’eau, restait insensible aux splendeurs du crépuscule. Il avait déposé sur l’herbe son arc et son carquois. La mélancolie de ses yeux noirs, sa taille courbée, ses bras ballants indiquaient la tristesse de son âme… Deux larmes coulèrent le long de ses joues brunies, mais le jeune guerrier, honteux de cette faiblesse, les essuya du revers de la main. Lentement il se leva et, tendant vers le ciel d’or ses bras musclés, il implora le « Grand-Esprit ».