Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/100

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


insecte. Ils aiment la vie, ne sachant point au juste ce qui leur est réservé au delà, et jouissent du soleil et des fleurs, faute de penser qu’ils trouveront mieux par delà la tombe. Ils sont courageux, et si parfois l’un deux, accablé d’insuccès et de désespoir a songé à se détruire, il s’est dit bientôt : « Mieux vaut le gueux mangé des poux que le mort mangé des vers. » Et gaiement il a repris sa tâche, quelque rude qu’elle fût, sans maudire du tout Dieu, la nature, ni les hommes. Dites-moi, madame, ces bonnes gens ont-ils mérité de mourir ?

» Ils ont leurs défauts, je le sais, et vous en trouverez qui boivent un peu plus qu’il ne le faut et font l’amour en dehors des prescriptions canoniques. Mais ce ne sont point là des cas pendables, n’est-ce pas ?

» Je ne sais, madame, ce que vous avez décidé de nous et je parle seulement par ouï-dire des projets qu’on vous prête. Nous sommes, mes amis et moi, bien effrayés quand nous pensons au 15 juin, et c’est ce qui nous décide à vous présenter cette humble requête.

» S’il nous faut absolument trépasser, nous ne pleurerons point, sachant quand il pleut laisser pleuvoir. Aussitôt le jour fatal arrivé, nous embrasserons chacun notre amie un peu plus fort que de coutume, nous la gronderons doucement si elle pleure ; pour la faire rire, nous lui