Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/108

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tients, les abeilles industrieuses, les ftiers chevaux, les jolies fauvettes qui si bien chantent, les rossignols, les gais pinsons et les matineuses alouettes.

» Grâce pour toutes les fleurs, même pour le camélia, la tulipe et la pivoine.

» Et maintenant, madame, à vous parler sans métaphore, grâce pour ces êtres étranges, nommés femmes et dont le caractère est resté inconnu jusqu’aujourd’hui, malgré leurs fréquentes liaisons avec l’homme, à qui ils me semblent supérieurs. Nous les avons toujours bien mal menées, en en faisant hier des esclaves et des dieux aujourd’hui. Aussi leur reste-t-il du Dieu l’orgueil et de l’esclave la dissimulation. Nous leur avons tout permis, sauf d’être elles-mêmes. Nous avons adoré les égoïstes au détriment des dévouées. Nous leur avons prêché la chasteté en masse, et chacun de nos jours s’est passé à attaquer notre œuvre en détail. Nous les avons abreuvées de contradictions : les traitant en poupées et en exigeant toutes les vertus de l’ange, faisant d’elles de grandes enfants et leur demandant d’être bien sages ; les faisant choir et les méprisant tombées.

» Nous savons qu’elles ont comme nous du sang et des nerfs ; qu’il leur faut, comme nous, boire et manger pour vivre. Eh bien, nous les avons tellement façonnées, étri-