Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/116

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pour un entre-vous que de faire avec une terrible ressemblance les charges du bourgmestre et des échevins de la commune, gens respectés et redoutables, car ils avaient le verbe haut et la bourse bien garnie.

Il eût pu n’être qu’artiste et réussir peut-être, il ne le fut point parce qu’il avait sa mère à nourrir et qu’au demeurant il se souciait peu de gloire.

Christus ne manquait pas de force malgré son apparence frêle, il fallait toutefois l’occasion d’une attaque directe pour qu’il employât à d’autres choses qu’au travail, ses poings d’acier et ses bras nerveux. Il possédait aussi beaucoup de bonté et de longanimité : on pouvait lui marcher impunément sur le bout du pied, mais il ne fallait point toucher le cor, car alors Christus se fâchait et devenait un diable.

Christus avait en ses bons jours la gaieté de l’esprit et l’esprit de la gaieté. Il aimait le bon soleil, les bons repas, le bon vin et les joyeux propos ; mais ce qu’il aimait surtout c’était la femme, — ce fut pourquoi il désira vertueusement de se marier.

Sa vive imagination et son cœur chaud eurent bientôt fait le choix idéal d’une petite personne brune et ronde avec de grands yeux noirs doux et rieurs, point trop grande et surtout point maigre. La bonté de cet idéal de-