Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/117

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vait être extrême et son haleine embaumer l’air comme un bouquet de violettes. Il ne la voulait ni trop pauvre, car il vivait médiocrement de son travail, ni trop riche car il eût détesté d’être le mari de la reine.

Christus poursuivant son rêve, se retournait sur toutes les filles aux cheveux noirs qu’il rencontrait et notamment sur celles qui, en temps de pluie, montraient un petit pied bien cambré et une jambe bien faite. — Tandis qu’il cherchait et ne trouvait point, son cœur battant pour l’inconnu le rendait souvent triste ; il avait des rougeurs subites, des colères, des langueurs, des impatiences, des effusions et des élans de tendresse inexplicables pour quiconque ne savait pas son secret.

Quelque chose explique le constant insuccès de ses recherches : Christus était timide, farouche même et jamais il ne sut faire valoir ses qualités. Plus d’une jolie fille, à qui il s’adressa, se méprit donc sur son caractère et ne voyant en lui qu’un butor enflammé, le rembarra froidement quand il lui parla d’amour. Il devint triste, après quelques épreuves, et ce ne fut plus que d’un regard mélancolique qu’il chercha, par les rues de la ville et les sentiers des champs, l’introuvable bouquet de violettes.