Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/125

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ensemble. Elle se prit à aimer Christus pour sa jeunesse et la bonté qu’il lui témoignait. Mais Christus ne l’aimait pas ; il était souvent distrait près d’elle ; il rêvait, à qui ? à quoi ? sans doute à quelque femme aimée et qui n’était pas elle. Parfois elle surprenait ses regards attachés sur son visage, ses regards qui brillaient, qui brûlaient, mais ce n’était point là de l’amour, ce n’étaient que le feu et la flamme de la jeunesse.

Elle aussi regardait Christus, mais à la dérobée ; et son cœur battait et ses joues se creusaient davantage et elle avait envie de pleurer en songeant qu’un si beau garçon ne serait point pour elle. Louise dormait, on dort même quand on souffre, à la campagne, mais elle songeait de Christus dont l’ombre chère venait à son chevet la regarder et lui dire de bonnes paroles. C’étaient là les beaux songes. Aux heures de cauchemar, Christus apparaissait aussi, mais pour se moquer d’elle, de son visage amaigri, de ses désirs de bonheur, de son besoin d’amour, pour la battre lorsqu’elle se traînait suppliante à ses genoux, la repousser du pied, et lui dire : Tu es vieille, tu es laide, va-t-en ! Et Louise s’éveillait alors toute en larmes. Ha ! soupirait-elle, en se regardant le matin dans un miroir : Il me semble qu’un peu de joie rendrait sa beauté à mon pauvre visage.