Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/139

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Cependant la poussière s’élevait des campagnes. Dans le ciel d’un gris cuivré, brillaient à l’horizon de larges éclairs ; le vent d’un orage d’hiver, précurseur habituel des grandes neiges faisait plier comme des roseaux les arbres de la chaussée ; quelques flocons volaient comme éperdus sur les chemins et dans le ciel.

Christus songeait à Louise, il voyait la pauvre fille, avide d’amour, affolée de mariage se donner et se perdre ; il entendait dans sa voix en parler une autre, la voix mystérieuse des cœurs brisés pour n’avoir pu être aimés ; il la voyait voulant à tout prix atteindre son but, le mariage, et prête pour cela à dénoncer son amant d’une minute à la vengeance de ses frères puis reculer devant cette lâcheté et se taire. Il voyait, au moment où le bien l’emportait sur le mal, son visage se transformer et il ne savait quoi de céleste et de souffrant, l’éclairer. L’âme de Louise lui parut une de ces belles martyres de l’enfer chrétien, condamnées pour le crime d’amour, à se rouler belles et nues sur une couche de ronces au milieu de beaux couples heureux des premières joies des légitimes amours.

Louise lui parut attrayante ainsi déchirée : Pourquoi donc, se dit-il, ne ferais-je pas le bonheur de cette délaissée. « La froide réflexion parla cependant : Si cependant, dit-il, Louise qui a été si faible aujourd’hui, allait