Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/148

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placerai un ornement d’argent ici, un ornement là, il faut quelque chose de solide et de léger ; je taillerai sur le couvercle des insectes et des fleurs ; sur les côtés, des plantes bizarres. J’y travaillerai la nuit, il sera vite terminé et servira à payer la robe de noces de Louise. »

Soudain, au détour de la rue de la Montagne, il vit venir à lui, portant haut sa beauté, une ravissante créature. Il s’arrêta charmé devant un front grand et ouvert, un air candide et voluptueux à la fois, des yeux noirs, tendres et caressants, une bouche fraîche comme une rose à qui Dieu aurait permis de sourire ; un bras se montrant blanc et rond, encadré dans la large manche d’un paletot de velours noir lequel laissait deviner les contours les plus divins qu’ait jamais rêvés pour ses vierges, Murillo, le poëte de la forme. L’une des mains de la dame était gantée de lilas, l’autre, blanche et mignonne, tenait un énorme bouquet de violettes. Des rubans de couleur pensée ornaient son chapeau de velours noir ; des violettes fleurissaient à l’intérieur et faisaient un cadre doux et modeste au splendide rayonnement de sa beauté.

C’était elle, elle l’idéal si caressé, si poursuivi : Christus s’arrêta muet de surprise et d’admiration. La dame sourit de cet hommage naïf et spontané.