Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/155

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LES FANTÔMES.



On le nommait Jérôme ; il était vieux mais fort, ardent comme à vingt ans, actif, dispos, alerte. Nul n’avait jamais eu de vieillesse plus verte, nul ne fut plus aimé ; maintenant il est mort. — Il est mort sans soupirs, sans regrets, sans grimace, en disant : « Je croyais faire encore du bien ; on m’a jugé là-haut n’être plus bon à rien, peut-être a-t-on raison, doncques vidons la place. »

Tous les gens du village ont suivi son cercueil en habits de travail, hommes, enfants et femmes, j’ai bien vu que sa mort touchait toutes ces âmes, et qu’au fond de leurs cœurs tous porteront son deuil.

Il passait pour un fou pourtant, le vieux Jérôme ; en effet, être riche et nicher sous le chaume, préférer au fracas de nos villes, les bois, les champs, la solitude et le