Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/187

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cette planète, des hommes comme nous vivaient tant bien que mal, comme ils pouvaient ; mais l’intérêt de la civilisation l’exigeait, ils furent égorgés. Et il plut du sang sur la terre.

Cette boucherie profita il un seul personnage, ce fut au Croate, qu’Hendrik revit sur la corde, dans le costume le plus splendide qu’il soit possible de rêver. Cependant, il dansait encore le pas majestueux des gens de sa condition. Et il parlait de progrès, de civilisation, de bien-être, de soulagement des malheureux et de toutes sortes de choses tendres et gracieuses.

Et les bonnes gens applaudissaient d’en bas ; et ceux qui l’avaient fait grand disaient : Voyez comme il est immense ; admirez l’homme extraordinaire, il a tué plus de deux millions cinq cent mille lunatiques et fait mourir quinze cent mille de nos enfants. Hourrah pour le grand homme !

Et le Croate saluait affectueusement ce bon peuple d’un salut tout confit de majesté, de progrès et de civilisation. Et le peuple applaudissait, et lui se frottait les mains, et il se disait aussi bas que possible : Ô bonnes gens, que vous êtes bêtes !