Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/202

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» Oh ! pourquoi partir, toi le plus valeureux des guerriers ? Ton chien fidèle ne hurla-t-il pas trois fois lorsque tu montas sur ta cavale noire comme la nuit ?

» Pourquoi partir, Mahom ?

» Ta cavale elle-même fut sourde à tes plus doux accents ; son pied d’acier ne broyait plus la terre, et la colère dut gronder dans ta voix pour qu’elle s’élançât dans le désert. Pourquoi partir, Mahom ?

» Nous te disions tous : « Reste parmi nous. » Zuleika, ne te dit rien. Pourquoi partir, Mahom ?

» Le chrétien était encore à la porte de la tente de son hôte. Ce jour-là il avait un caftan de soie blanche brodé d’or et un turban du plus fin cachemire. Il sourit en regardant Zuleika, et elle rougit.

» Il était beau l’étranger. Pourquoi partir ?

» Mais hélas ! tu partis. Ton frère, qui était jeune, ne veilla point sur la tente de ton épouse.

» Le lendemain, ton chien fut trouvé mort à la porte de ta tente et le chrétien, à l’heure où la voix du muezzin nous crie. « Il n’y a qu’un Dieu, Mahom est son prophète !! » alla s’asseoir à la porte de la tente de son hôte. Il avait l’air heureux.

» Tu revins, Zuleika te reçut sans sourire.

» Un soir, quand tout dormait, continua le derviche,