Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/209

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aventure qui vient de m’arriver. Tandis que, suivie du Tousseux, j’allais à la collégiale, je me trouvai chemin faisant face à face avec un jeune homme si beau que je n’en vis jamais de pareil. Quoiqu’il fût vêtu comme nos bourgeois d’une longue robe sur laquelle brillait une grande chaîne d’or, je savais bien ne l’avoir jamais vu dans le duché de Brabant, ni le comté de Flandre, ni le marquisat d’Anvers, belles contrées où mon frère Simon me mena souvent avec lui voyager — Johanna ma sœur, et ce disant elle se serra contre elle, il avait des yeux noirs et des regards si perçants qu’ils me semblaient quand ils tombaient sur moi, fouiller ma poitrine, frapper mon cœur et le faire battre trop fort. Le Tousseux me disait : Allons, demoiselle, allons à l’église, voilà la cloche qui va se taire. Je restais debout devant cet homme si beau et je sentais que tout ce qu’il voudrait je devrais le vouloir et que s’il m’ordonnait d’aller avec lui loin, loin, bien loin, je lui serais obéissante comme à Monseigneur le duc. Il me parlait des yeux, et semblait ainsi répondre à quelque chose, je ne sais quoi qui me bouleversait toute et que je voulais lui dire moi-même.

— Petite sœur, dit Johanna, tu es déjà affolée de cet homme. Roosje hocha la tête pour répondre oui. — Il me laissa, dit-elle ensuite, passer pour aller à l’église, et m’y