Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/210

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suivit. Il y entra et le flot du peuple le poussa contre moi, j’eus chaud et froid alors tout ensemble et une grande envie de fuir ou de me jeter à son cou. Ses habits embaumaient l’ambre et le benjoin et je crus que son haleine devait sentir bon comme ses habits. Il se mit du côté des hommes, moi j’entrai dans la nef près des femmes, comme il fallait. Je ne sus point faire autrement que de me retourner vers lui et j’en eus peur alors, car il paraissait fâché comme Satan dans le temple de Dieu et il lançait des regards de colère, au prêtre, à l’autel et aussi aux statues de madame la Vierge et de messieurs les saints. Toutefois quand c’était sur moi que s’abaissaient ses regards, ils devenaient si doux qu’il me semblaient glisser sur mon corps comme ta douce main quand tu me caresses. Il était si fier et si beau, que j’eus une mauvaise pensée et crus un moment que c’était le diable. Et je n’eus de lui, malgré cette pensée, toute la peur qu’il nous faut, à nous autres chrétiennes, avoir du méchant. Car je me dis et fus en cela bien fautive, que je ne saurais le voir dans le feu ni les cruels tourments de l’abîme, sans vouloir aller à lui et prier pour lui Monseigneur Jésus avec tant de larmes qu’il l’en ferait enfin sortir fut-il Lucifer lui-même.

Roosje ayant ainsi parlé se signa et pencha la tête ; elle