Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/227

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voir d’éclaboussures quand je frotterai le dos à ce mécréant mal lavé.

Puis, écartant la table, Ser Huygs se mit en devoir de frapper sur Mahom. Il fallait voir quels beaux coups il frappa de la hampe de coudrier. Tantôt il s’attaquait à la tête de Mahom, tantôt au cou, parfois aux jambes, maintefois aux bras, si bien que le Maure semblait devoir chaque fois être mis en pièces. Mais il n’en était rien, car il était si souple, si preste et si subtil qu’il parait tous les coups. Bondissant comme un chat enragé, souple comme un singe, il rasait à chaque instant, de la pointe ou du tranchant de son arme, la poitrine ou le visage de Ser Huygs. Son couteau au demeurant étant aussi long qu’une épée à une main et d’un acier vaillamment trempé, Ser Huygs pouvait aisément passer de vie à trépas dans ce combat inégal.

Soudain le vieux Claes entra avec son arbalète, toussa et dit : Baes veux-tu que je tue ce mécréant ?

— Non, garçon, répondit Ser Huygs frappant toujours, je ne veux pas qu’il puisse aller dire là bas, s’il en réchappe qu’il faut deux chrétiens pour venir à bout d’un Maure.

— Ha baes ! tu peux mourir en ce combat, je te vais du moins quérir une épée.

— Laisse-moi mon bâton, il est assez noble pour ce