Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/228

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dos de manant. Vois comme je le frotte, savonne, lessive et rince, il sera tantôt plus blanc que neige.

— Ha baes, ce n’est point bien faire que d’exposer sa chère vie au couteau tortu d’un vilain diable comme est celui-ci.

— Sors, dit Ser Huygs et ne m’embarrasse point de tes conseils.

Les deux femmes voyant ouverte la porte par laquelle était entré Claes sortirent aussi et en hâte pour aller chercher du secours, elles virent le vieil homme qui se tenait derrière un des battants de la porte avec son arbalète. Le combat n’avait point cessé et le Maure avait poussé un cri, car il avait reçu un coup de hampe sur la joue. — Crache tes dents, disait Ser Huygs, ne te gêne point mon jaune ami, il n’est point défendu de se débarrasser de son superflu. Pendant qu’il parlait ainsi il reçut à la main une blessure, il continuait cependant de frapper dru et disait : Quand on met les oignons au four il y faut faire une entaille afin qu’ils soient plus savoureux : ainsi d’un chrétien brabançon : plus il saigne, mieux il frappe. N’en sens-tu rien sur ta carcasse maigre ? On dit que les frictions de coudrier sont du baume aux hommes en colère ; le proverbe a-t-il menti ?

Entretemps le Maure trouva moyen de couper à demi l’oreille de Ser Huygs qui ne cria point par orgueil et