Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/239

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LES DEUX DUCHESSES.



Il était un vieux roi, point du tout radoteur, point gourmé, fort bon homme et de mine joufflue, gouvernant ses sujets en tout bien tout honneur, quoiqu’il fût absolu, la race en est perdue. Il avait soixante ans depuis longtemps sonnés ; dans sa vie il comptait plus de baisers donnés, de flacons mis à sec et de mois de folie que d’instants de tristesse et de mélancolie, ce qui fit qu’il était à peu près encor vert ; mais soixante ans, hélas ! c’est l’aube de l’hiver ; c’est le temps des gants chauds et celui des fourrures ; gaîté, pied ferme, œil vif, teint clair, franches allures, nous perdons brin à brin, ces trésors. Tout moment en passant, nous enlève un morceau de nous-mêmes, et nous vivons ainsi moins forts, moins bons, plus blêmes, plus laids et plus grognons, jusqu’au suprême instant.

Ha ! quand jeune et bouillant l’homme sent dans ses veines courir la vie à flots, quand sur son front joyeux que la bise et l’autan, de leurs froides haleines, peuvent sans le glacer caresser de leur mieux, chante comme un oiseau