Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/240

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son âge insoucieux, matin et soir, soir et matin ; lorsque son âme aime tout, le printemps plein de fleurs, les vents doux comme un soupir d’amour sorti d’un sein de femme, l’ouragan secouant les bois dans son courroux ; la neige, blanc manteau dont se couvre la terre ; les grands nuages noirs qui, comme des vautours, planent dans l’infini ; le réduit solitaire que le hibou se fait au fond des vieilles tours ; alors pour lui les fleurs, entr’ouvrant leurs corolles, paraissent murmurer d’amicales paroles, et l’univers entier lui dit : « Tout est à toi, va, commande, choisis, prends et règne mon roi ! »

Le fils du roi, jeune homme à la moustache blonde, était avec raison chéri de tout le monde : il était jeune lui, jeune comme pas un ; la plus franche gaîté brillait dans son œil brun : vous dire qu’il était jovial d’habitude, qu’il aimait le plaisir beaucoup plus que l’étude, qu’il avait des chevaux, des femmes et des chiens, ce serait pléonasme, aussi je m’en abstiens. Tout le monde l’aimait, mais surtout deux duchesses ; c’était, sans contredit, un surcroit de richesses ; lui-même il l’avouait, mais il est de ces cas où, quoi qu’on en ait dit, trop de bien ne nuit pas.

Deux amours à la fois dans un cœur, quel blasphème ! mais il négligera l’un pour l’autre à coup sûr ! En traçant le portrait des deux femmes qu’il aime, essayons