Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/241

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d’éclaircir un peu ce point obscur : l’une était blonde et l’autre brune, il était heureux près de l’une, par l’autre il était rebuté : l’une était folle et l’autre sage, la blonde l’aimait avec rage, la brune avec tranquillité : l’une aimait fort, c’était la blonde, les courses et les jeux sur l’onde et les plaisirs de la cité ; l’autre était une vierge austère aimant à vivre solitaire, et s’habillant toujours de noir ; la blonde aimait à la folie, les gais festins où l’on s’oublie et les sérénades le soir ; toutes deux avaient un cœur d’ange, car elles s’aimaient, chose étrange, tant que c’était plaisir à voir. Quand la brune, tranquille et sage, voyait sa rivale volage courir en riant dans les bois, tandis que seule ainsi laissée, mais toujours bonne en sa pensée, elle travaillait de ses doigts, trouvant une douce parole, la sage saluait la folle et du sourire et de la voix : la blonde, variant ses charmes, en une heure riait aux larmes et vingt fois pleurait tour à tour ; elle ornait ses boucles légères, de toutes les fleurs éphémères qui se fanent en moins d’un jour : sa compagne, pour être belle, paraît son front de l’immortelle, forte comme un premier amour.

Le prince l’aimait tant, il aimait cette dame, marbre de Phidias doué d’une belle âme ; il aimait son regard si beau, si franc, si clair, son front large et pensif, il aimait son air fier ; la blonde n’avait pas, comme elle, un doux