Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/25

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


va-t-il les appliquer ? Sera-ce au bras, au cou, aux jambes ? Ce ne sont pas des dents cela, ce sont des crocs, des boutoirs, des tenailles. Ha ! qu’il doit faire bon dehors, et quel air pur que celui qu’on ne respire pas dans cette chambre ; Isaac étouffe, Hermann est là aussi, tenant par le bouton la porte entrebâillée, son regard est bien perçant ce matin, ces grosses mains qu’il a au bout des bras sont les mêmes qui jadis jetèrent par la fenêtre l’infortuné matelot. Était-elle ouverte ou fermée ce jour-là, cette fenêtre ? Si elle était fermée comme maintenant, le pauvre homme a donc passé au travers, il est donc tombé déchiré et saignant dans la rue ; Isaac a froid, Hermann ouvre la bouche. Que va-t-il dire ? que l’affaire est faite, la garance vendue, qu’à deux pas de chez lui, au Lion-Rouge, chez Jan Maranus, il a rencontré M. Verhaegen de Goës, avec qui il devait faire marché et qui venait passer quelques jours à Domburg pour y prendre des bains. Comme si M. Verhaegen ne pouvait pas se baigner chez lui. Isaac tremble, il est pâle, il n’ose lever les yeux ni sur Hermann dont il craint de rencontrer le regard, ni sur Braf qui tourne autour de lui en grondant, ni même sur Anna.

La jeune fille prend son trouble pour de la timidité, elle s’imagine qu’il doit être pressé de la demander en mariage