Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/31

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venir, de bonheur, d’union heureuse, Hermann avait parlé de sa femme plus jeune que lui de vingt ans quand il l’épousa et morte cependant avant lui : Ma fille, dit-il, j’ai rêvé que la pauvre mère venait m’apporter des fleurs dans ce saladier que tu vois là : on dit que çà ne porte pas bonheur de rêver à la fois de fleurs et de morts ; mais je ne crois pas à ces sottises, qu’il revienne quand il voudra, le cher fantôme ; il sera toujours le bien-revenu. Enfants, je vous bénis en son nom.

Isaac et Anna s’agenouillèrent : Que le Dieu du ciel, poursuivit Hermann, fasse descendre le blé dans vos greniers, le pain dans votre armoire, le vin dans votre cave ; la force dans vos âmes et l’amour dans votre cœur et que Christ vous ait en sa sainte garde. Amen.

— Amen, répétèrent Anna et Isaac.

— Maintenant, dit Hermann, levez-vous, mon fils et ma fille et donnez-vous le baiser des fiancés. Ce fut la première fois qu’Anna livra ses chastes lèvres à la bouche d’Isaac, la première fois qu’il put dire : Je l’ai serrée sur mon cœur. Heureux du plus doux des bonheurs, il tenait Anna embrassée, quand Braf auquel nul ne songeait, ne fit qu’un bond de la cheminée sur Isaac et l’allait étrangler si Hermann, l’arrêtant en son furieux élan, ne l’eût jeté à terre avec une force dont seul il était capable.