Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/32

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Isaac et Anna s’étaient séparés…

— Si ce chien est enragé, dit Hermann avec colère, il faudra le tuer.

— Non, il n’est pas enragé, non, j’en suis bien sûre, s’écria Anna. Elle s’approcha de Braf, lui caressa la tête, en lui parlant doucement : Mon père, dit-elle, il me lèche la main, tu vois bien qu’il n’est pas enragé, laisse le libre. À peine Hermann eut-il ôté la main de dessus lui, que Braf se leva et vint frotter contre les genoux du vieillard, son museau repentant.

— Cela ne suffit pas, dit Hermann attendri, c’est à Isaac qu’il faut demander pardon. Il le reprit donc par le cou et le traîna aux pieds du jeune homme : à peine Braf les eut-il touchés qu’il raidit les pattes et essaya de se reculer.

— Voilà une haine extraordinairement vivace, dit Isaac. Hermann s’emporta ! Il vous demandera pardon, s’écria-t-il, ou je le tue.

Il le frappa, Braf gémit, mais il persista à raidir les pattes et à détourner la tête.

— Il serait dangereux de le pousser à bout, dit Anna, lâchez-le, mon père.

Hermann lâcha Braf ; qui reprit tristement le chemin de l’âtre : là, il se laissa tomber de tout son poids, gémit et regarda Hermann d’un air de reproche.