Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/35

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quand Isaac et Anna passèrent devant eux et furent accostés par Hermann qui portait du poisson dans un filet. Tous trois s’arrêtèrent ; Hermann passa dix minutes à leur vanter le goût friand du waterzooy espèce de hochepot de poisson : Çà, disait-il, en frappant tour à tour de son parapluie sur son filet et sur Braf qui voulait flairer de trop près la raie, la carpe et les anguilles, çà, mes enfants, si simple que cela paraisse, deviendra un mets de roi, un plat de prince, qui tantôt, grâce aux fins légumes et aux épiceries parfumées que j’y mettrai, embaumera le quai Saint-Michel. Tous les bateliers, par l’odeur alléchés, viendront pousser le nez à la fenêtre de ma cuisine, mais il n’y en aura que pour les amis. Eh bien, mes enfants, serez-vous de la fête ? Isaac, mon fils, l’eau t’en vient à la bouche. Hermann fit un mouvement d’impatience : Braf, poursuivit-il, si vous continuez à vouloir manger mon dîner d’avance, je vous casserai mon parapluie sur les reins. Vous n’en ferez rien, mon père, disait Anna. Je n’en ferai rien, c’est vrai, répondait Hermann en caressant Braf, mais je dois ajouter, dit-il, en parlant à son chien, que tu le mériterais cependant, car il faut être complètement dépourvu de flair et d’odorat, pour ignorer, comme toi, que le poisson cru est un mets détestable…

Braf agitait la queue avec une satisfaction visible ; ce