Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/39

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proposition ; nous jetâmes le négociant à la porte. Le lendemain les huissiers vinrent, Kattau s’enfuit chez une vieille parente, elle n’y mange pas de biscuits tous les jours, mais elle est certaine, au moins, de ne pas mourir de faim ; moi, je suis sous le coup d’un mandat d’arrêt ; je ne sais où me cacher : si je me livre à la justice, je serai condamné à la prison sans espérance d’en sortir jamais ; ma fille n’est pas responsable de mes dettes, elle est jeune, elle n’a pas besoin de moi et…

— Et, dit Ottevaere, tu regardes l’eau, comme si l’eau avait jamais payé les dettes de personne. Tiens, voici mon portefeuille, je crois qu’il contient mille francs ; prends-le. Paie ce que tu dois, garde le reste et si tu pries quelquefois, fais-le pour un jupon rouge auquel tu dois de m’avoir trouvé de si bonne humeur aujourd’hui.

— Un jupon rouge, dit l’homme.

— Eh bien oui, un jupon rouge qui demeure chaussée de Saint-Amand et qui n’est peut-être pas plus heureux que toi.

— Mais, monsieur, dit Pier, on va croire que j’ai assassiné le bourgmestre…

— Laissez croire, Pier, laissez croire…

— Mais, monsieur Ottevaere, dit encore Pier, vous vous êtes vidé comme un poulet…