Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/38

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— Deux couvertures de laine vaudraient mieux, repartit Ottevaere.

— Oui, il n’y a rien de tel quand on ne les a pas vendues.

— Tu es donc tombé bien bas, Fier ?

— Ce n’est pas de ma faute, j’ai une fille, un riche négociant voulut en faire sa maîtresse, car Kattau est belle. Grâce à ses conseils je me lançai dans une sotte entreprise ; en m’établissant marchand de couleurs, rue des Champs presque à côté du magasin de Van Imschoot qui débitait, mais en gros, le même article que moi. Je ne réfléchis pas que c’était l’acte d’un fou de prétendre faire la concurrence porte à porte, à une maison ancienne et bien achalandée. Je ne sais quel sort ou quel guignon me poussait, jamais je ne m’étais autant pressé que pour m’aller étrangler à ce lacet. La vente ne suffisait pas au prix de location ni au pain de chaque jour. Au bout de cinq mois, tout ce que je possédais était fondu, le négociant vint alors et me somma de payer les quatre cents francs d’effets que je lui avais souscrits en me disant que, si je voulais le soir même lui envoyer ma fille, il serait seul, la traiterait bien et lui remettrait les effets sans qu’elle eût besoin de lui apporter un rouge liard. Kattau fut encore plus indignée que moi de cette honteuse