Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/67

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Connaissez-vous cette signature ? demanda-t-elle.

— Oui, madame, répondit la femme de chambre toute rougissante.

— Vous êtes sincère au moins.

— On n’a jamais menti chez nous.

— Pourriez-vous, repartit Anna, me dire si je vous ai jamais donné le droit de parler à celui que vous savez, de ma pâleur ou de mes larmes.

Kattau prit avec effusion les mains d’Anna : Non, madame, dit-elle, non, personne ne m’a donné ce droit, mais je vous aime, je suis votre servante, je me suis imposé la tâche de veiller sur votre bonheur. Ah ! vous ne m’en voudrez plus quand vous saurez pourquoi. Celui qui vous écrit a sauvé mon père au moment où il allait se jeter dans l’Escaut. Il lui a donné tout ce qu’il avait dans sa bourse ; nous étions ruinés, il a rétabli nos affaires. Il a tiré mon père du tombeau et moi de la fange où tombent les filles pauvres quand elles ont le malheur d’avoir un grain de fraîcheur. Kattau raconta alors la scène du pont… Quand mon père est revenu, poursuivit-elle, et qu’il m’a parlé de ce jupon rouge, plus malheureux que lui, au dire de M. Ottevaere, et qui demeurait chaussée de Saint-Amand, j’ai fait causer vos voisins, j’ai appris bien des choses, pauvre dame, et je me suis présentée chez vous ; parce