Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/74

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pris un amant au lieu de soigner son mari paralytique, tous deux auraient voulu le voir mort, afin d’hériter de son bien, mais ils n’osaient employer ni le couteau, ni le poison. Savez-vous ce qu’ils ont fait alors, la mère rougit, ils ont fait l’amour devant lui, parce que chaque fois que cela se passait, le malheureux qui ne savait pas crier pour appeller au secours, avait d’effrayants accès de colère et qu’ils espéraient qu’il resterait dans l’un de ces accès.

— Ho ! dit Anna, ce n’est pas vrai çà.

— Pas vrai, dit la femme, je viens d’entrer par hasard dans la maison, et je les ai surpris… Mon fils évanoui n’avait plus de force que pour gémir. Mais je suis là, mon pauvre Hendrik, dit-elle, en baisant l’homme au front, quand la femme est mauvaise la mère est bonne, n’est-ce pas, mon fils, et s’ils ont voulu te tuer, eux, je te guérirai, moi. L’homme montrait le poing. — Sois tranquille, dit-elle, pauvre muet, tu es bien vengé, tu as vu comme je les ai pris, comme je les ai battus et comme ils se sont laissés faire. C’est qu’il y a encore de la force dans le bras d’une vieille mère quand elle veut venger son enfant. J’ai marqué de mes ongles le visage de cette gueuse, je lui ai déchiré son bonnet et sa jaquette, quant à l’homme je l’ai jeté dans la mare qui est ici en face. Il en est sorti couvert de l’habit qui lui va le mieux.