Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/89

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qui tombait dans la Lys avec un bruit sourd et monotone. Une heure se passa ainsi. — Patience, disait Anna reprenant un peu de force, d’espoir et de courage, j’aime mieux l’épreuve du froid que celle de la douleur. Puis les idées noires lui revenant, elle criait : — Mon père, pourquoi ne t’éveilles-tu pas ? Ne sens-tu pas que j’ai besoin de toi ? Ses vêtements étaient trempés. Elle s’assit de nouveau sur le seuil, et frappa du talon contre la porte. Depuis longtemps les roquets de garde sur les bateaux aboyaient furieusement, Braf grondait. — Tais-toi, Braf, dit Anna le plus gaiement qu’elle le put, ces chiens font leur devoir. Un batelier monta sur le pont de l’un des bateaux, et voyant Anna : — Femme, dit-il, tu pourrais bien aller faire l’amour ailleurs : il prenait Braf pour un homme ; puis il descendit. Les chiens ayant remarqué qu’on avait répondu à leur appel, cessèrent d’aboyer. Le silence se fit, silence morne. À deux heures du matin, le vent changea de direction et tourna subitement du sud au nord, de froids tourbillons mêlés de neige et de grêle se ruèrent sur la porte. Anna crut qu’elle allait mourir de froid. Soudain elle vit briller au cou de Braf son collier de cuivre, elle se dit qu’en jetant le collier dans le carreau, elle éveillerait infailliblement Hermann. Elle se crut sauvée, mais le collier se fermait et s’ouvrait par une clé qu’elle n’avait pas.