Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/15

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les autres en toute propriété. C’eſt bien le moins qu’on soit le maître abſolu des sottiſes qu’on imprime. Poëte criard, tu tapes à tort & à travers sur ceux que tu appelles les bourreaux de ta patrie, tu mets Charles-Quint & Philippe II au pilori de l’hiſtoire, tu n’es pas hibou, tu n’es pas prudent. Sais-tu s’il n’exiſte plus de Charles-Quint & de Philippe II en ce monde ? Ne crains-tu pas qu’une cenſure attentive n’aille chercher dans le ventre de ton éléphant, des alluſions à d’illuſtres contemporains ? Que ne laiſſais-tu dormir dans leur tombe cet empereur & ce roi ? Pourquoi viens-tu aboyer à tant de majeſté ? Qui cherche les coups périra sous les coups. Il eſt des gens qui ne te pardonneront point, je ne te pardonne pas non plus, tu troubles ma digeſtion bourgeoiſe.

Qu’eſt-ce que cette oppoſition conſtante entre un roi déteſté, cruel dès l’enfance — c’eſt un homme pour cela — & ce peuple flamand que tu veux nous repréſenter comme étant héroïque, jovial, honnête & travailleur ? Qui te dit que ce peuple fut bon & que le roi fut mauvais ? Je pourrais sagement te prouver le contraire. Tes perſonnages principaux sont des imbéciles ou des fous, sans en excepter un : ton poliſſon d’Ulenſpiegel prend les armes pour la liberté de conſcience ; son père Claes meurt brûlé vif pour affirmer ses convictions religieuſes ; sa mère Soetkin se ronge & meurt des suites de la torture, pour avoir voulu garder une fortune à son fils ; ton Lamme

    Tous ont subi, d’ailleurs, d’importantes modifications, excepté les LXIIe, XIIIe & LXIVe.

    Les autres, depuis le LXVIe juſqu’à la fin de l’ouvrage, appartiennent en propre à M. Ch. De Coſter, comme auſſi, par conſéquent, les livres II, III, IV, V, qui sont de pure création.

    Nous devons cependant signaler deux exceptions : 1o le sermon de Broer Adriaenſen Cornelis, pages 202 & suivantes, emprunté par fragments à un recueil de 1590. L’auteur avait beſoin de coudre enſemble quelques bouts de sermons de ce furibond prédicateur pour pouvoir, sans se répéter conſtamment, tracer un tableau exact des différentes sectes au seizième siècle ; 2o le refrain seulement de la Chanſon des Gueux, page 225, emprunté à un lied du temps.

    Les faits qui sont du domaine de l’hiſtoire, & entre autres le sac de Notre-Dame d’Anvers, pages 211 & suivantes, & la Chanſon des Traîtres, pages 449 & suivantes, sont appuyés, quant à l’idée première : le Sac de Notre-Dame, sur une allégation poſitive d’un chroniqueur très-eſtimé, Van Meteren ; & la Chanſon des Traîtres, sur des documents d’une authenticité irrécuſable exiſtant aux Archives du royaume à Bruxelles.

    (Note des éditeurs.)