Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/175

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Le tribunal décida que, la torture n’étant point preſcrite par les ordonnances, il n’y avait pas lieu de la faire souffrir à Claes. Sommé encore une fois d’abjurer, il répondit :

— Je ne le puis.

Il fut, en vertu des placards, déclaré coupable de simonie, à cauſe de la vente des indulgences, hérétique, recéleur d’hérétiques, &, comme tel, condamné à être brûlé vif juſqu’à ce que mort s’enſuivît devant les bailles de la Maiſon commune.

Son corps serait laiſſé pendant deux jours attaché à l’eſtache pour servir d’exemple, & enſuite inhumé au lieu où le sont de coutume les corps des suppliciés.

Le tribunal accordait au dénonciateur Joſſe Grypſtuiver, qui ne fut point nommé, cinquante florins sur les cent premiers florins carolus de l’héritage, & le dixième sur le reſtant.

Ayant entendu cette sentence, Claes dit au doyen des poiſſonniers :

— Tu mourras de malemort, méchant homme, qui pour un petit denier fais une veuve d’une épouſe heureuſe, & d’un fils joyeux, un dolent orphelin !

Les juges avaient laiſſé parler Claes, car eux auſſi, sauf Titelman, tenaient en grand mépris la dénonciation du doyen des poiſſonniers.

Celui-ci parut tout blême de honte & de colère.

Et Claes fut ramené dans sa priſon.


LXXIII


Le lendemain, qui était la veille du supplice de Claes, la sentence fut connue de Nele, d’Ulenſpiegel & de Soetkin.

Ils demandèrent aux juges de pouvoir entrer dans la priſon, ce qui leur fut accordé, mais non pas à Nele.

Quand ils entrèrent, ils virent Claes attaché au mur avec une longue chaîne. Un petit feu de bois brûlait dans la cheminée, à cauſe de l’humidité. Car il eſt de par droit & loi, en Flandre, commandé d’être doux à ceux qui vont mourir, & de leur donner du pain, de la viande ou du fromage & du vin. Mais les avares geôliers contreviennent souvent à la loi, & il en eſt