Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/226

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d’où lui venait cette si grande réſerve, dans cette si large liberté, elle allait toute courante, prendre un hanap poſé sur un bahut, une poupée d’enfant habillée de soie & de perles & diſait, la secouant & la berçant : « Je ne veux pas de ça. » Sans doute que sa mère pour lui garder sa vertu, lui avait dit que les enfants se font par la bouche. Ah ! doux moments ! tendres careſſes ! — Thyl, vois si tu ne trouves point de jambonneau en la poche de ce carnier ?

— Un demi, répondit Ulenſpiegel en le donnant à Lamme qui le mangea tout entier.

Ulenſpiegel le regardant faire dit :

— Ce jambonneau me fait grand bien à l’eſtomac.

— À moi pareillement, dit Lamme en se curant les dents avec les ongles. Mais je ne la reverrai plus ma mignonne, elle s’eſt enfuie de Damme : veux-tu la chercher avec moi dans mon chariot ?

— Je le veux, répondit Ulenſpiegel.

— Mais, dit Lamme, n’y a-t-il plus rien dans le flacon ?

— Rien, répondit Ulenſpiegel.

Et ils montèrent dans le chariot, conduits par le rouſſin, qui sonna mélancoliquement le braire du départ.

Quant au chien, il était parti, bien repu, sans rien dire.


II


Comme le chariot roulait sur une digue entre un étang & un canal, Ulenſpiegel, tout songeur, careſſait sur sa poitrine les cendres de Claes. Il se demandait si la viſion était menſonge ou vérité, si ces eſprits s’étaient gauſſés de lui ou s’ils lui avaient énigmatiquement dit ce qu’il lui fallait vraiment trouver pour rendre heureuſe la terre des pères.

En vain se tarabuſtant l’entendement, il ne pouvait trouver ce que signifiaient les Sept & la Ceinture.

Songeant à l’empereur mort, au roi vivant, à la gouvernante, au pape de Rome, au grand inquiſiteur, au général des jéſuites, il trouvait là six grands bourreaux de pays qu’il eût voulu brûler tout vifs incontinent. Mais