Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/245

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Ulenſpiegel courut comme elle diſait juſqu’au Vieux Coq, In den ouden Haen, & y trouva Lamme braſſant mélancolie, croquant un sauciſſon & humant sa septième pinte de peterman de Louvain.

Et il le força de courir comme lui nonobſtant sa bedaine.


IX


Courant ainſi le grand trotton, suivi de Lamme, il trouva dans l’Eikenſtraet un méchant paſquil contre Brederode. Il le lui alla porter tout droitement.

— Je suis, dit-il, monſeigneur, ce bon Flamand & cet eſpion du roi à qui vous frottâtes si bien les oreilles, & à qui vous donnâtes à boire de si bon vin cuit. Il vous apporte un mignon petit pamphlet où l’on vous accuſe, entre autres choſes, de vous intituler comte de Hollande, comme le roi. Il eſt tout frais sorti des preſſes de Jan à Calumnia, demeurant près du quai des Vauriens, impaſſe des Larrons d’honneur.

Brederode, souriant, lui répondit :

— Je te fais fouetter pendant deux heures si tu ne me dis le vrai nom du scribe.

— Monſeigneur, répondit Ulenſpiegel, faites-moi fouetter pendant deux ans si vous voulez, mais vous ne pourrez forcer mon dos à vous dire ce que ma bouche ignore.

Et il s’en fut non sans avoir reçu un florin pour sa peine.


X


Depuis juin, le mois des roſes, les prêches avaient commencé au pays de Flandre.

Et les apôtres de la primitive Égliſe chrétienne prêchaient partout, en tous lieux, dans les champs & jardins, sur les monticules qui servent