Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/336

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Le roi Philippe entendit la meſſe des morts pour don Carlos, le fit enterrer dans la chapelle de sa royale réſidence & mettre la pierre sur son corps, mais il ne pleura point.

Et les serviteurs s’entrediſaient, narguant la princière épitaphe qui se trouvait sur la pierre du tombeau :

ci git celui qui, mangeant des figues vertes,
mourut sans avoir été malade.
A qui jaze qui en para desit verdad,
Morio s’in infirmidad.

Et le roi Philippe regarda d’un œil de luxure la princeſſe d’Eboli, laquelle était mariée. Il la pria d’amour & elle céda.

Madame Iſabelle de France, dont on diſait qu’elle avait favoriſé les deſſeins de don Carlos sur les Pays-Bas, devint maigre & dolente. Et ses cheveux tombèrent par groſſes mèches à la fois. Elle vomit souvent, & les ongles de ses pieds & de ses mains tombèrent. Et elle mourut.

Et Philippe ne pleura point.

Les cheveux du prince d’Eboli tombèrent pareillement. Il devint triſte & se plaignit toujours. Puis les ongles de ses pieds & de ses mains tombèrent auſſi.

Et le roi Philippe le fit enterrer.

Et il paya le deuil de la veuve & ne pleura point.


XXV


En ce temps-là, quelques femmes & filles de Damme vinrent demander à Nele si elle voulait être la fiancée de mai & se cacher dans les brouſſailles avec le fiancé qu’on lui trouverait ; car, diſaient les femmes, non sans jalouſie, il n’eſt pas un seul homme jeune en tout Damme & aux environs, qui ne voudrait se fiancer à toi, qui reſtes si belle, sage & fraîche : don de sorcière, sans doute.

— Commères, répondait Nele, dites aux jeunes hommes qui me recher-